Matthieu 7, 21 à 29

Il y a une expression employée au Québec : ça passe ou ça casse ! Nous nous en servons, par exemple, lors des négociations litigieuses très tendues entre deux parties adverses, surtout au moment où il faudra trancher de façon définitive : ça passe ou ça casse ! 

Ou bien, il se peut que nous soyons devant un contrat ayant une date butoir et des pénalités pour des retards : ça passe ou ça casse ! Or, dans le texte devant nous, Jésus dit, au fond, ça passe ou ça casse ! À la toute fin de ce qu’on appelle le «Sermon sur la Montagne», on pourrait s’attendre à de belles paroles douces et rassurantes. Au contraire ! Jésus est surprenant, car ses paroles dérangent. Il s’adresse aux leaders de son Église et les interpelle, en disant ça passe ou ça casse ! Alors, je vous invite à entrer dans ce récit pour comprendre deux choses importantes pour vous : (I) d’abord, le contexte originel ; et (II) ensuite, comment les apôtres l’ont mis en pratique pour le bien de l’Église aujourd’hui. 

(I) Entrons dans le contexte originel. Ses paroles annoncent trois (3) surprises: (1) pour certains dirigeants de son mouvement ; (2) pour ses propres apôtres ;  et (3) pour la foule qui «espionne» sa conversation avec ses disciples.  

(1) La première surprise est pour certains leaders dans son Église. Voici comment il le dit aux versets 21 à 23 : «21 « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : «Seigneur, Seigneur», qui entreront dans le Royaume des cieux, mais seulement ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux. 22 Au jour du Jugement, beaucoup me diront : «Seigneur, Seigneur, c’est en ton nom que nous avons été prophètes ; c’est en ton nom que nous avons chassé des esprits mauvais ; c’est en ton nom que nous avons accompli de nombreux miracles. Ne le sais-tu pas ?» 23 Alors je leur déclarerai : «Je ne vous ai jamais connus ; allez-vous-en loin de moi, vous qui commettez le mal !» »
 

Pourquoi le dit-il ? Il prévient qu’il y aura des leaders à venir, au sein de son l’Église qui s’identifieront à lui comme Messie, mais dont la façon d’agir ne sera pas la sienne. Comment ? Au lieu d’annoncer que le Messie doit souffrir pour prendre sur lui-même le péché de son peuple, et au lieu de servir et de souffrir eux-mêmes, ils lieront Jésus à des mouvements nationalistes de force, de puissance, et même de révolte armée. Par exemple, aux versets 6 à 10 de Marc, chapitre 13nous lisons : « Beaucoup d’hommes viendront en usant de mon nom et diront : «Je suis le Messie !» Et ils tromperont quantité de gens. Quand vous entendrez le bruit de guerres proches et des nouvelles sur des guerres lointaines, ne vous effrayez pas ; il faut que cela arrive, mais ce ne sera pas encore la fin de ce monde. Un peuple combattra contre un autre peuple, et un royaume attaquera un autre royaume ; il y aura des tremblements de terre dans différentes régions, ainsi que des famines. Ce sera comme les premières douleurs de l’accouchement. Quant à vous, faites attention à vous-mêmes. Car des gens vous feront passer devant les tribunaux ; on vous battra dans les synagogues. Vous devrez comparaître devant des gouverneurs et des rois à cause de moi, pour apporter votre témoignage devant eux. 10 Il faut avant tout que la Bonne Nouvelle soit annoncée à tous les peuples.» 

Jésus annonce un grand événement à venir dans deux générations – et qui s’est passé à Jérusalem entre l’an 68 et l’an 70 de notre ère – c’est-à-dire, la destruction du Temple de Jérusalem par l’armée romaine. L’historien Eusèbe nous raconte (Histoire, III, v. 3) qu’en l’an 68, une armée juive du mouvement des Zélotes a défait la XIIe Légion romaine, pour ensuite faire du Temple leur quartier général de guerre. Deux ans plus tard, les Romains reviennent en puissance, et le Temple est complètement rasé. Or, Jésus annonce, d’avance, que certains leaders de son Église, liés à ces mouvements et s’appelant «ses prophètes», seront très surpris par la tournure de ces événements. Ils vont dire « Mais Seigneur, nous avons fait toutes sortes de choses puissantes et pieuses en ton nom. Comment se fait-il que ce jugement nous tombe sur la tête ?» Jésus répond à cette question 40 ans plus tôt : «Je ne vous ai jamais connus ; allez-vous-en loin de moi, vous qui commettez le mal !» »
 

(2) La deuxième surprise est pour ses apôtres. Voici ce qu’en dit Jésus aux versets 24 à 27 24 « Ainsi, quiconque écoute ce que je viens de dire et le met en pratique sera comme un homme intelligent qui a bâti sa maison sur le roc. 25 La pluie est tombée, les rivières ont débordé, la tempête s’est abattue sur cette maison, mais elle ne s’est pas écroulée, car ses fondations avaient été posées sur le roc. 26 Mais quiconque écoute ce que je viens de dire et ne le met pas en pratique sera comme un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. 27 La pluie est tombée, les rivières ont débordé, la tempête s’est abattue sur cette maison et elle s’est écroulée : sa ruine a été complète. »
 

Ces paroles paraissent si évidentes, mais Jésus les dit pour une raison bien importante : il veut renverser ou inverser l’attente populaire de ce qui va durer. Cette attente populaire est partagée par au moins un de ses propres apôtres, et peut-être par la majorité d’entre eux. Par exemple, lorsqu’on revient aux versets 1 & 2 de Marc 13, nous lisons ceci : «Tandis que Jésus sortait du temple, un de ses disciples lui dit : « Maître, regarde ! Quelles belles pierres, quelles grandes constructions ! » Jésus lui répondit : « Tu vois ces grandes constructions ? Il ne restera pas ici une seule pierre posée sur une autre ; tout sera renversé. »  

L’historien juif Josèphe (Antiquités XV, xi. 3) dit que les pierres du Temple mesuraient 11m de long x 3,5m de haut x 5m de large ! Dans l’attente populaire, le Messie viendra au Temple qui, lui, est l’assurance visible de la force et de la bénédiction de Dieu. Jésus dit le contraire : l’unique force pour résister et durer, c’est sa personne, ses œuvres et ses paroles. Lui, qui paraît si faible, est le roc. Ceux qui cherchent leur espoir ailleurs, y compris auprès du Temple, bâtissent sur du sable. 

(3) La dernière surprise se trouve chez la foule. Aux versets 28 et 29, nous lisons : « 28 Quand Jésus eut achevé ces instructions, tous restèrent impressionnés par sa manière d’enseigner ; 29 car il n’était pas comme leurs maîtres de la loi, mais il les enseignait avec autorité.» 

Les scribes et enseignants de l’époque disaient «Voici ce que dit la tradition ou tel rabbin, ou telle école de pensée.» Par contre, Jésus dit «Je vous dis, moi. Faites ce que je vous dis, moi. » Bref, il ne parle pas du Messie, il parle comme le Messie ! 

Or, lorsque nous regardons ces trois surprises, qu’ont-elles toutes en commun ? En une seule phrase : l’exclusivité de Jésus. Jésus seul est Messie. Jésus seul peut nous réconcilier avec Dieu. Jésus seul peut vaincre le péché et la mort. Jésus seul, plus rien d’autre. Jésus seul, plus personne d’autre. Jésus dit à ses apôtres de bâtir son Église sur ce qu’il fait et sur ce qu’il dit. Rien d’autre. C’est par rapport à lui que ça passe ou ça casse. 

(II) Regardons, brièvement, comment ses apôtres l’ont mis en pratique, pour le bien de l’Église aujourd’hui. Voici ce qu’en dit l’apôtre Paul, aux versets 9b à 15 de 1 Corinthiens «9b Vous êtes aussi l’édifice de Dieu. 10 Selon le don que Dieu m’a accordé, j’ai travaillé comme un bon entrepreneur et posé les fondations. Maintenant, un autre bâtit dessus. Mais il faut que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit. 11 Car les fondations sont déjà en place dans la personne de Jésus-Christ, et nul ne peut en poser d’autres. 12 Certains utiliseront de l’or, de l’argent ou des pierres précieuses pour bâtir sur ces fondations ; d’autres utiliseront du bois, du foin ou de la paille. 13 Mais la qualité de l’ouvrage de chacun sera clairement révélée au jour du Jugement. En effet, ce jour se manifestera par le feu, et le feu éprouvera l’ouvrage de chacun pour montrer ce qu’il vaut. 14 Si quelqu’un a édifié un ouvrage qui résiste au feu, il recevra une récompense. 15 Par contre, si l’ouvrage est brûlé, son auteur perdra la récompense ; cependant lui-même sera sauvé, mais comme s’il avait passé à travers les flammes d’un incendie.» 

Le temps nous manque pour tout expliquer ici, alors je veux me limiter aux versets 10 et 11 «10 Selon le don que Dieu m’a accordé, j’ai travaillé comme un bon entrepreneur et posé les fondations. Maintenant, un autre bâtit dessus. Mais il faut que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit. 11 Car les fondations sont déjà en place dans la personne de Jésus-Christ, et nul ne peut en poser d’autres.»  

Or, ici, Paul s’adresse aux leaders de l’Église de Corinthe. Il n’est pas en train de parler de comment chacun ou chacune de nous devrait mener notre vie pour que notre vie «compte pour Dieu et les autres». Il s’adresse à une Église dont les dirigeants sont divisés entre eux. Certains veulent annoncer Jésus crucifié comme le seul qui puisse nous réconcilier avec Dieu. D’autres veulent reformuler leur message pour qu’il soit plus en conformité - ou plus évolué par rapport -  aux attentes de la majorité de la société ambiante. Selon Paul, ceux qui veulent reformuler l’évangile de Jésus sont ceux qui construisent avec de la paille, tandis que ceux qui veulent annoncer Jésus crucifié sont ceux qui construisent avec de l’or. 

Alors, Paul souligne une chose pour nous qui sommes leaders actuels et futurs dans l’Église. La voici : construisez-vous une Église sur l’exclusivité de Jésus-Christ, crucifié et ressuscité ? Puis-je le dire autrement ? Est-ce que Jésus crucifié est le seul moyen par lequel on peut être réconcilié avec Dieu ? Est-ce que Jésus crucifié est le seul moyen par lequel quelqu’un peut pardonner à ses ennemis ? Est-ce que Jésus crucifié est la seule sagesse durable pour ce monde ?  

Par exemple, supposons que quelqu’un vous dise ceci : « Il y a des Musulmans, des Hindous et des Juifs très intègres qui cherchent avec ardeur Dieu et un monde meilleur. Croyez-vous que ces millions de gens sont dans l’erreur et ne sont pas réconciliés avec Dieu ? » Ou bien, quelqu’un d’autre vous dit ceci « L’Église est en déclin au Québec et en Occident parce qu’elle n’est pas capable de répondre aux défis d’aujourd’hui. Il faut que l’Église évolue, surtout en réinterprétant ce que Jésus disait par rapport à l’argent, au pouvoir et à la sexualité, afin que son message soit plus proche des croyances de la majorité actuelle.» 

Or, c’est justement où ça passe ou ça casse. En voici le paradoxe : une Église qui annonce un évangile de «Jésus plus» - Jésus plus notre sagesse, Jésus plus notre puissance, Jésus plus notre meilleure intégrité - est une Église qui ne durera pas. Devant de l’opposition ou de la souffrance – le feu – plus une Église cherche à réinterpréter Jésus pour le faire accepter, moins elle pourra résister et grandir. Par contre, devant de l’opposition – le feu – plus une Église cherche à annoncer Jésus crucifié comme étant le seul qui puisse nous réconcilier avec Dieu, plus elle sera durable à long terme. Pourquoi ? Parce que seul «Jésus crucifié» annonce un Sauveur qui fait ce qu’il dit. Il est le seul qui pardonne uniquement par sa grâce. Il le prouve en s’offrant lui-même pour l’accomplir !  

« Le salut ne s’obtient qu’en lui, car, nulle part dans le monde entier, Dieu n’a donné aux êtres humains quelqu’un d’autre par qui nous pourrions être sauvés. » (Actes 4,12). Jésus l’unique Messie. Jésus crucifié et ressuscité. Ça passe ou ça casse. 

 

JG Zoellner 

L’Église réformée St-Jean 

Le 22 mars 2015