Est-ce que le monde devient meilleur ou pire ou reste-t-il pareil ? La réponse à cette question dépend de votre façon de voir la vie, ou ce qu’on appelle « une vision du monde ». Or, le texte devant nous aujourd’hui présente la vision chrétienne du monde. La voici : Jésus est physiquement vivant et il est en train de renouveler notre monde.

siècle de notre ère, cette vision est radicale et minoritaire. Pourquoi ? Parce que la vision majoritaire dans l’Empire romain dit que la vraie vie est spirituelle : le corps meurt, les morts restent morts, et nous ne pouvons pas faire grande chose pour améliorer un monde sur le déclin. Il n’est donc pas surprenant qu’en devenant chrétien, il est parfois difficile de voir le monde autrement. Chez les chrétiens à Corinthe, en Grèce, beaucoup pensent que Jésus vit dans notre mémoire – spirituellement – mais qu’il n’est pas toujours vivant physiquement et en train de diriger le courant de l’histoire comme Seigneur du monde.

Alors, l’apôtre Paul leur écrit pour leur rappeler la vision chrétienne du monde, en se servant de 3 arguments : (1) elle est annoncée par les Écritures ; (2) attestée par des témoins oculaires ; et (3) accueillie par Paul lui-même. Son argument est si important pour nous vivons au 21e siècle à Montréal.
(1) Une vision annoncée par les Écritures (v. 3-4). Pourquoi commence-t-il par les Écritures juives lorsqu’il s’adresse à des gens qui sont très majoritairement non juifs ? L’objectivité ! Autrement dit, son argument est historique et objectif plutôt que de reposer sur la raison ou l’expérience subjectives. Les Corinthiens disaient que Jésus vit subjectivement, dans leur mémoire ou leur expérience spirituelle, mais Paul dit que la mort et la résurrection de Jésus viennent de la volonté objective de Dieu.

Son argument ici est double.D’un côté, il dit que Jésus est bel et bien mort. Un cadavre a été placé dans un tombeau. Et ce cadavre est mort précisément parce qu’il a subi la justice de Dieu à notre place. De l’autre côté, Paul dit que ce corps est revenu de la mort à la vie. La langue grecque est intéressante ici, car le verbe est à l’imparfait : « il ressuscitait », ou si vous voulez, il est revenu physiquement à la vie et il reste toujours vivant. Paul cherche dissiper tout argument que Jésus n’est pas mort aussi bien que tout argument qui dit qu’il n’est pas mort et que sa résurrection est truquée. Par exemple, dans son roman Le Matou, Yves BEAUCHEMIN développe le caractère d’Egon Ratablavasky, un vieil homme qui donne de l’argent à Florent et Élise afin qu’ils puissent ouvrir un restaurant sur le Plateau Mont-Royal. Mais à un moment donné, il simule sa propre mort, y compris des funérailles publiques, afin de voir si Florent et Élise viennent reconnaître sa générosité à leur égard.Paul dit que la mort de Jésus n’est pas « du fake»

(2) Une vision attestée par des témoins oculaires (v. 5-7). Pourquoi ces détails ? Encore pour souligner que la résurrection de Jésus est objective et historique plutôt que subjective et spirituelle. Les premiers chrétiens n’ont pas inventé des faits pour L’ordre y est important, parce qu’il est résolument chronologique. Il commence par Pierre qui rencontre Jésus tôt le dimanche matin. Ensuite, il parle des 12 apôtres, suivi par plus de 500 témoins oculaires pendant des semaines. Et finalement, Paul parle de Jacques, le frère de Jésus, et probablement des 72 disciples qu’il avait envoyé avant lui quelques mois au paravent pendant qu’il traversait Israël en se dirigeant vers Jérusalem. Pourquoi est-ce important ? Parce que ces rencontres avec Jésus ne continuent plus ! Autrement dit, il ne s’agit pas d’une expérience spirituelle qui continue dans le cœur des croyants, mais de rencontres objectives dont vous pouvez toujours consulter des témoins oculaires.

Dans les années vingt, l’anthropologue Margaret MEAD fait une recherche sur les enfants sur l’Ile de Samoa dans le Pacific du sud. Dans Coming of Age in Samoa, elle écrit qu’en grandissant il n’y a pas de tabous sexuels venant du christianisme et que les enfants grandissent sains et libres. Mais en 1983, l’anthropologue Derek FREEMAN publie son livre Margaret Mead and Samoa, qui démontre hors de doute qu’il y avait de graves problèmes d’abus sexuels sur l’Ile de Samoa, et que MEAD le savait. Selon FREEMAN, Margaret MEAD a inventé une vision du monde qui correspondait à ce qu’elle voulait, plutôt que la vérité objective. Paul dit que voilà ce que l’Église n’a pas fait : la résurrection de Jésus a été une surprise complète, vérifiée par des témoins oculaires.

(3) Une vision accueillie par Paul (v. 8-11). Pourquoi Paul termine-t-il son argument par lui-même ? C’est simple : de tous les témoins oculaires de la résurrection de Jésus, il en est le plus surpris de tous ! D’abord, aux versets 8 à 9, il souligne cette surprise en s’appelant un « avorton ». Pourquoi ? Parce qu’à l’opposé des autres apôtres, il n’a jamais passé des années avec Jésus, il n’a jamais été formé par Jésus. Ensuite, aux versets 10 et 11, il se dit tellement surpris par la grâce de Jésus envers lui. Autrement dit, l’ancien bourreau qui persécutait l’Église est pardonné par Jésus et devient l’apôtre qui fait un travail remarquable pour Jésus.
Je Je me rappelle ma propre conversion de « l’athéisme pratique » à la foi chrétienne : accepter la résurrection de Jésus a été la dernière étape à franchir. Si vous y êtes aujourd’hui, je ne peux pas vous convaincre d’accepter un tel miracle, mais ce texte prouve hors de tout doute que ces premiers témoins voyaient ce miracle comme un fait objectif. Mais ce miracle est accompli par le même Dieu qui ose pardonner à ceux qui, objectivement, ne méritent que sa justice.

Quelle en est l’importance aujourd’hui ?Je reviens au début. D’abord, selon le verset 1, la vision chrétienne du monde est la Bonne Nouvelle ! Jésus dirige ce monde pour que son pardon triomphe sur le péché et pour que sa vie triomphe sur la mort. Jésus est en train de rassembler et de pardonner un nombre croissant d’hommes et de femmes de toute culture et de toute ethnie. Et Jésus est en train de renouveler ce monde ; sa résurrection est le commencement du renouvellement de la création entière. Le monde ne s’en va pas à sa perte, parce que son destin ultime de dépend pas de notre performance et notre bonté. Le monde devient meilleur, mais précisément parce que Jésus vit et dirige toutes choses vers une résurrection ultime.
Ensuite, selon le verset 2, la vision chrétienne du monde exige un engagement de votre part. Cette vie meilleure est la vôtre seulement si vous accueillez la grâce et le pardon de Jésus comme l’a fait l’apôtre Paul il y a si longtemps et que des milliers le font tous les jours actuellement. Et lorsque vous vous engagez à lui remettre votre vie, vous ne recevez pas un billet pour vivre une vie spirituelle ailleurs. Vous recevez de lui un appel de l’aimer en le remerciant de la vie nouvelle qu’il vous donne et de la résurrection de votre corps qu’il vous réserve par sa grâce et son pardon. ET vous recevez de lui un appel d’aimer votre prochain en lui témoignant de la vie en Jésus, en le servant de tout cœur, et en rendant meilleur ce monde que Jésus est en train de refaire.

Au Moyen Âge, lorsque la peste fait ses ravages au travers des villes de l’Europe et des gens mourraient en très grand nombre, beaucoup de chrétiens décident de ne pas fuir les villes pour la sécurité de la campagne. Pourquoi ? Ils restent pour soigner leur prochain, même au risque d’y mourir eux-mêmes. Pourquoi ? Parce qu’on veut pour les autres – dès cette vie – la vie de la résurrection. En ces temps de difficulté économique, la vision chrétienne du monde ne sera pas de couper nos dons envers les charités. La vision chrétienne du monde sera de réduire notre mode de vie afin d’augmenter nos dons, parce que d’autres seront dans le besoin.

Voilà la vision chrétienne du monde ; voilà l’évangile de Jésus-Christ.

JG ZOELLNER
L’Église réformée St-Jean
Le 22 mars 2009